- Une France de locataires ?
- Mai 2011
- Les années se suivent et se ressemblent. En 2010, la vente de logements a été, encore une fois, largement soutenue par la défiscalisation. Selon la FPC, le Scellier a représenté 63% du chiffre d'affaires des promoteurs privés. Déjà en 2009, il avait permis une nette reprise de la commercialisation. Sa prorogation a été du pain béni pour la profession.
- Le Scellier devrait permettre, malgré quelques avantages rabotés, d'alimenter encore la machine en 2011. Le gisement n'est tout de même pas indéfiniment extensible. Dans quelques métropoles régionales, proches peut-être de la saturation, des bureaux de vente notent, en ce début d'année, une réticence de la part d'investisseurs à l'égard de produits non BBC, conçus il y a seulement deux ans. Ce critère est aussi responsable de la hausse du prix de la construction qui, à court terme, entraînera une baisse de rendement. La conséquence de ce marketing orienté vers l'investisseur privé est une production insuffisante au regard des acquéreurs-utilisateurs et plus particulièrement des primo-accédants.
Une partie de cette clientèle n'a pas la capacité à franchir le cap des 3 000 €/m2.
La promotion est tentée, dans ce contexte, de privilégier une optique de produits défiscalisés. Mais la profession n'a-t-elle pas mangé son pain blanc ? Un patrimoine locatif privé se révèle parfois sur-offreur. Des agglomérations de la région parisienne ont connu des résidences vendues à 70% en Scellier. Des maires réagissent et souhaitent inverser cette tendance en imposant aux promoteurs un ciblage d'utilisateurs locaux et des logements familiaux. Lors des lancements, les premiers jours de commercialisation, sont parfois réservés aux résidents de la commune. Des promoteurs privés jouent le jeu. De telles positions sont méritoires. Elles seront pourtant insuffisantes si les pouvoirs publics ne renforcent pas les mesures existantes comme le prêt à taux zéro, une TVA à 5,5%, le Pass Foncier...
Le geste déterminant serait une libération de terrains d'emprise publique afin d'accroître la création de logements. Cette politique entraînerait une baisse des prix dans le neuf comme dans l'ancien où se dirigent des candidats en raison d'une offre insuffisante.
La politique actuelle est sur une autre voie. En région parisienne, au cours de l'année 2009, un peu plus de 3 000 ventes se situaient en zone Anru, tandis que 10 000 appartements étaient commercialisés en Scellier. La promesse présidentielle d'une "France de propriétaires" risque de rester un voeu pieux.
- Alain Houpillart
Professeur Paris Dauphine
Les cycles de l’immobilier d’entreprise