- L’Etat, amortisseur de crise immobilière
- avril 2010
- Le rôle de l’Etat en tant qu’amortisseur de crise n’est pas nouveau. Il prend toutefois cette année de l’importance, en résidentiel comme dans le secteur des bureaux.
- Les résultats “logements” 2009 montrent un fort impact du Scellier dans la répartition des ventes*. Ce dispositif est dans la lignée d’une longue tradition de produits défiscalisés : Quillès, Méhaignerie, Perissol, Besson, Robien… Une clientèle d’investisseurs privés et, dans une moindre mesure, de Scpi dédiées ont assuré environ les 2/3 des réservations d’une majorité d’opérateurs de toutes les tailles. La sérénité actuelle de la promotion repose d’ailleurs sur la reconduction du Scellier pour les deux prochaines années. Le plan de relance (Tva à 5,5 %, Pass Foncier...) a aussi contribué à une année record en chiffre d’affaires. Toutefois, il faut noter l’absence de triomphalisme de la profession parce que consciente de la précarité d’un tel score. L’immobilier tertiaire ne bénéficie pas de faveurs aussi directes de l’Etat. Pourtant, celui-ci, par ses diverses casquettes d’utilisateur exerce une influence sur le marché. En 2009, nous l’avons déjà annoncé dans ces colonnes, Pôle Emploi a incontestablement été l’utilisateur n°1 de l’Hexagone**. L’année 2010 retiendra certainement le même lauréat. Le volume des locations de l’organisme et la multiplicité des sites sont loin d’être neutres. D’autant plus que les engagements concernent, pour l’essentiel, des opérations neuves. L’Etat exerce également une influence au travers de la politique immobilière des différents ministères ou du secteur public. Des manoeuvres sont continuellement en cours. De telles décisions peuvent aider au décollage de nouveaux sites ou contribuer à leur extension. Ce fut le cas d’Euralille et de La Défense à la fin des années 80, avec les implantations respectives du Crédit Lyonnais et du Ministère du logement dans la Grande Arche.
Plus récemment, la DST sur 26 000 m2 à Levallois et le Ministère des affaires étrangères sur les anciens locaux de l’Imprimerie Nationale dans le 15ème arrondissement ont eu un impact sur le marché immobilier. Ce potentiel a entraîné de la part d’institutionnels et de sociétés de promotion, le recrutement d’énarques chargés d’entretenir un relationnel avec des hauts fonctionnaires ou des dirigeants d’entreprises publiques. Au cours de ce premier semestre 2010, des locaux de deux ministères pourraient être transférés vers des programmes nouvellement livrés du 15ème arrondissement et d’Issy-les-Moulineaux. Des entreprises dans l’orbite de l’Etat, comme France Télécom et la Sncf, pourraient également être amenées à bouger. Ces décisions viseraient à dynamiser un marché sur offreur en panne de grands utilisateurs. Elles préparent également le remplissage du quartier de La Défense en phase de “régénération”.
- Alain Houpillart
Professeur Paris Dauphine
Les cycles de l’immobilier d’entreprise